Retour sur la formation "slowheating" d’Habitat et Participation.
Le 9 mars 2026 à Maubeuge, une séance d’initiation au slowheating a rassemblé conseillers en énergie, médiateurs sociaux et professionnels du bâtiment autour d’une question centrale : et si le confort thermique ne dépendait pas uniquement de la température affichée au thermostat ?
À travers apports théoriques, retours d’expériences et outils concrets, cette formation a proposé un changement de regard radical sur le chauffage, en phase avec les enjeux de sobriété énergétique et de rénovation durable.

Sortir du réflexe “chauffer l’air”
Dans notre imaginaire collectif, le confort est souvent associé à une température uniforme, généralement située entre 19 et 22°C. Pourtant, cette vision est récente et culturellement construite. Des archives historiques montrent qu’au XIXe siècle, des températures bien plus basses étaient courantes dans les logements, sans être perçues comme inconfortables.
Le slowheating propose de déconstruire cette norme :
“Chauffer les corps plutôt que les briques.”
Autrement dit, il s’agit de déplacer l’attention : du bâtiment vers ses occupants.
Le confort thermique : une notion complexe
La formation a rappelé que la sensation de confort ne dépend pas uniquement de la température de l’air, mais d’un ensemble de facteurs :
- humidité relative
- mouvement de l’air
- vêtements
- activité physique
- rayonnement des parois
Cette approche permet de mieux comprendre pourquoi deux personnes peuvent ressentir différemment une même ambiance thermique. De quoi se rappeler un point clé souvent négligé : la température mesurée n’est pas la température ressentie.
Une démarche efficace… et mesurée
Les résultats présentés lors de la formation sont particulièrement éclairants.
Une étude menée par l’UCLouvain durant l’hiver 2024-2025 montre que les participants ont réduit la température moyenne de leur logement de 1,24°C sans perte de confort ressenti et avec une amélioration du sentiment de maîtrise du chauffage.
Plus globalement, les pratiques de slowheating permettent :
- jusqu’à -50 % de consommation énergétique
- une meilleure appropriation des usages
- un impact durable sur les habitudes
Des leviers simples et accessibles
L’un des points forts de la démarche est qu’elle repose sur des actions concrètes, souvent sans investissement lourd.
1. Adapter ses usages
Le corps produit naturellement de la chaleur. L’activité physique, même légère, contribue directement au confort thermique.
Bouger, cuisiner, ranger… autant d’actions qui participent à chauffer l’espace.
2. S’habiller autrement
Un ajustement vestimentaire permet de réduire la température intérieure de quelques degrés sans perte de confort.
3. Repenser l’espace
Le slowheating encourage :
• le zonage des pièces
• la concentration des activités dans un espace chauffé
• la réduction des volumes à chauffer
4. Utiliser des sources de chaleur ciblées
Plutôt que chauffer tout un logement, on privilégie :
• couvertures chauffantes
• panneaux rayonnants
• chauffage de proximité
Ces solutions permettent un confort rapide avec une consommation limitée.
5. Ventiler intelligemment
Contrairement aux idées reçues, ventiler 10 minutes impacte peu la température, mais améliore fortement la sensation de confort en réduisant l’humidité.
Une approche systémique du chauffage
Le slowheating ne se limite pas à une série de gestes. Il s’inscrit dans une vision globale du logement comme système :
- interactions entre humidité, température et matériaux
- rôle du chauffage central comme “base” minimale
- importance du suivi des consommations
Cette approche rejoint pleinement les enjeux de la rénovation énergétique : agir à la fois sur le bâti et sur les usages.
Une dimension sociale essentielle
La formation insiste également sur un point souvent oublié : le chauffage est une pratique sociale.
Mettre en place une démarche de slowheating, c’est :
- discuter des besoins
- partager les contraintes
- co-construire des solutions
Il ne s’agit pas d’imposer une norme, mais de créer des conditions pour expérimenter.
Vers un confort sobre et choisi
Le slowheating propose un changement de paradigme :
- passer d’un confort standardisé à un confort adapté
- transformer une consommation subie en choix conscient
- intégrer les usages dans la réflexion sur la rénovation
Dans un contexte de transition énergétique, cette approche ouvre des perspectives concrètes, accessibles et reproductibles.
Slowheating et rénovation : des concepts opposés ?
Le slowheating ne remplace pas la rénovation du bâti — il la complète.
Plus d’infos :
Peut-on chauffer moins… sans avoir plus froid ? (Habitat et Participation)
Le site www.slowheat.org