Matériaux biosourcés et de réemploi : retours d’expérience


Rénover autrement : trois visites pour inspirer les collectivités transfrontalières.
Alors que les effets du changement climatique se manifestent déjà concrètement dans les Hauts-de-France, notamment par des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, la rénovation performante des bâtiments devient un enjeu central pour les territoires. Dans ce contexte, l’intégration d’isolants écologiques, de matériaux biosourcés, géosourcés, recyclés et issus du réemploi ouvre la voie à un changement de paradigme nécessaire.

Le 5 juin, le Parc naturel régional de l’Avesnois et Espace Environnement ont réuni élus et techniciens transfrontaliers autour de trois réalisations régionales inspirantes : Baticité à Loos-en-Gohelle, la réhabilitation des anciennes usines Agfa-Gevaert sur le territoire de Pévèle Carembault, et Terrabundo à Pont-à-Marcq.

Cette journée de visite a permis aux participants de découvrir des démarches concrètes, à différentes échelles, pour mieux comprendre les conditions de réussite d’une rénovation durable, circulaire et adaptée aux usages.

Baticité : lever les freins et découvrir les matériaux écologiques

À Baticité, les participants ont pu découvrir une exposition consacrée aux matériaux géosourcés, biosourcés ou issus du recyclage. Pour de nombreux élus et techniciens, cette visite a été l’occasion de prendre connaissance de solutions constructives encore peu connues ou parfois associées à des idées reçues.

Dans un contexte où les préjugés restent nombreux, la sensibilisation des collectivités apparaît essentielle. Elle permet de mieux comprendre les performances réelles de ces matériaux, leurs conditions de mise en œuvre et leur intérêt dans le cadre de rénovations globales plus sobres, plus durables et plus performantes.

Anciennes usines Agfa-Gevaert : le réemploi comme levier de transformation

La visite s’est poursuivie avec la réhabilitation des anciennes usines Agfa-Gevaert, un projet exemplaire par sa démarche de réemploi. En valorisant des éléments existants et en limitant le recours à des matériaux neufs, le chantier a permis de réduire significativement son empreinte carbone.

Au-delà des performances environnementales, cette visite a aussi montré l’importance du regard porté sur les ressources disponibles. Des éléments initialement délaissés, comme d’anciennes armoires industrielles, ont ainsi pu être revalorisés et intégrés au projet. Une manière concrète de rappeler que le réemploi repose autant sur des choix techniques que sur une capacité collective à changer de perspective.

Terrabundo : anticiper les usages pour garantir la performance

Enfin, la découverte du site Terrabundo a offert un contrepoint technique particulièrement utile. Ce bâtiment neuf, ambitieux dans sa conception, n’est pas directement transposable tel quel à l’échelle d’une petite commune rurale. En revanche, son retour d’expérience met en lumière un enseignement fondamental : la performance d’un bâtiment ne dépend pas uniquement de sa conception, mais aussi de sa gestion dans le temps.

Les échanges autour de la régulation du chauffage, de la ventilation et de la maintenance ont rappelé l’importance d’anticiper les usages futurs dès les premières étapes d’un projet. Construire ou réhabiliter durablement, c’est aussi penser l’exploitation du bâtiment, les compétences disponibles et les moyens nécessaires pour en assurer le bon fonctionnement.

Adapter ces démarches aux petites communes

Impressionnés par la qualité des projets visités, les élus ont souligné le caractère inspirant de ces réalisations. Ils ont également soulevé une question centrale : comment adapter et démocratiser ces techniques à l’échelle et aux budgets des petites communes rurales ?

Dans l’Avesnois, des conseillers en énergie partagés et un économe de flux accompagnent déjà les communes dans leurs projets. Leur rôle est essentiel pour aider les collectivités à faire évoluer leurs opérations vers des rénovations globales, plus performantes énergétiquement, respectueuses de l’environnement et attentives aux spécificités du bâti existant.

En Wallonie, les communes peuvent notamment s’appuyer sur le programme POLLEC, ainsi que sur les Facilitateurs Énergie de la Région wallonne, pour structurer leurs démarches énergie-climat, optimiser la gestion de leurs bâtiments et identifier les leviers techniques et financiers adaptés à leurs projets.

Cette journée a ainsi confirmé l’importance de croiser les regards, de partager les retours d’expérience et de rendre visibles les solutions déjà à l’œuvre sur nos territoires. Autant de leviers pour accélérer la transition vers une rénovation plus durable, plus circulaire et plus accessible.