Confort sobre : le levier oublié de la transition énergétique en Wallonie ?


Le Confort sobre est-il le levier oublié de la transition énergétique en Wallonie ?
À l’heure où la rénovation énergétique mobilise l’essentiel des politiques publiques, un constat s’impose : une partie importante du potentiel d’économie d’énergie reste encore largement sous-exploitée.

Lors de la journée de clôture du projet Rénovatex « Slow Heat », un message fort a émergé : agir sur les usages et le confort pourrait transformer en profondeur notre manière de consommer l’énergie dans le logement.

Et si le véritable changement ne se jouait pas uniquement dans les murs… mais aussi dans la manière d’habiter ?

Un potentiel réel, encore peu mobilisé

Les résultats présentés en introduction de la table ronde sont interpellants :

  • Une diminution moyenne de 1°C de la consigne de chauffage permet déjà 7 à 10 % d’économies d’énergie
  • Certaines études évoquent un potentiel pour le slow heat allant jusqu’à 57 % de réduction des consommations liées au chauffage en adoptant des pratique Slow Heat
  • À l’inverse, des rénovations lourdes montrent parfois des gains réels plus modestes que prévu comme semble le montrer l’étude « Rénovations énergétiques des logements : quels gains en consommation ? » par INSEE en collaboration avec ONRE qui indique des gain de 5,4 % sur l’électricité et 8,9 % sur le gaz qui peut cependant être nuancée. [1]

Ces chiffres ne remettent pas en cause la nécessité de rénover. Mais ils soulignent un angle mort : sans prise en compte des usages, la performance théorique ne devient pas toujours performance réelle.

Au-delà des “bons gestes” : repenser le confort

Dans les échanges avec les représentants politiques wallons, une tendance se dessine : le sujet est souvent abordé sous l’angle des “comportements” ou de la “sensibilisation”.
Mais le projet Rénovatex « Slow Heat » ouvre une perspective plus profonde. Il ne s’agit pas seulement de mieux utiliser son chauffage, Il s’agit de repenser le confort thermique.

Cela implique de changer le paradigme et de passer d’un modèle centré sur la température de l’air à une approche plus fine, où le confort repose aussi sur :

  • le rayonnement (chaleur ressentie)
  • les équipements de proximité
  • les habitudes et rythmes de vie
  • l’adaptation des occupants

Autrement dit, chauffer moins l’air, mais mieux chauffer les corps et s’adapter au rythme de vie.

Un débat politique encore en construction

La table ronde a mis en évidence une réalité contrastée. D’un côté :

  • une reconnaissance du rôle des usages
  • une ouverture à l’accompagnement des ménages
  • un intérêt pour les approches collectives (quartiers, communes)
    De l’autre :
  • une forte centralité de la rénovation comme levier principal
  • des propositions souvent limitées à la sensibilisation
  • une absence de vision structurée du “confort sobre”

Le confort sobre apparaît aujourd’hui comme un levier identifié mais encore périphérique dans les politiques publiques.

Le chaînon manquant entre petits gestes et rénovation lourde ?

Le confort sobre occupe une place stratégique souvent négligée entre les petits gestes du quotidien, à impact limité et les rénovations lourdes, coûteuses et complexes. Il propose pourtant une voie intermédiaire :

  • accessible
  • rapide à mettre en œuvre
  • peu coûteuse
  • directement appropriable par les habitants

C’est aussi un levier puissant pour améliorer la performance réelle des rénovations, limiter l’effet rebond et rendre la transition plus juste socialement

Des pistes concrètes pour passer à l’action

Pour intégrer pleinement le confort sobre dans les politiques publiques, il nous semble que plusieurs leviers peuvent être activés :

  • Structurer une véritable politique du confort sobre : Reconnaître les usages comme un pilier à part entière de la transition énergétique.
  • Accompagner les habitants dans la durée : Avant, pendant et après les travaux, pour ancrer les pratiques.
  • S’appuyer sur les dynamiques collectives : Quartiers, communes, groupes d’habitants . Le changement passe aussi par le partage d’expériences.
  • Soutenir les équipements de confort local : Chauffage de proximité, solutions simples et efficaces, encore peu intégrées aux dispositifs actuels.
  • Faire évoluer les indicateurs : Mieux prendre en compte le confort réel et les consommations effectives.
  • Montrer l’exemple dans le secteur public  : Les bâtiments publics peuvent devenir des lieux d’expérimentation et de démonstration.

Changer de regard pour accélérer la transition

Aujourd’hui, la transition énergétique du bâtiment reste largement pensée à travers la performance des bâtiments.
Le confort sobre propose un déplacement essentiel, celui de s’intéresser à la manière dont les habitants produisent et vivent le confort.
Ce changement de regard ouvre des perspectives concrètes :

  • des économies rapides
  • une meilleure appropriation par les usagers
  • une transition plus accessible et plus désirable

Et maintenant ?

Le confort sobre n’est pas un levier supplémentaire à ajouter à la liste. C’est une invitation à repenser l’équilibre entre techniques- usages - expériences vécues. Elle replace l’occupant au centre des enjeux énergétiques.
Il pourrait être une opportunité pour construire une transition énergétique plus sobre, plus humaine et plus efficace.