#AstuceDuLundi - Rénovation énergétique : La ventilation reste une « boîte noire »


Pourquoi la ventilation reste-t-elle si souvent oubliée ou mal utilisée lors d’une rénovation énergétique ? Une étude sociologique croise le regard des habitants et des installateurs et montre que la performance ne dépend pas seulement du choix du système, mais aussi de son installation, de son appropriation, de son entretien et peut-être aussi de la bonne information des maîtres d’ouvrage.

La ventilation reste encore trop souvent le parent pauvre de la rénovation énergétique. Pourtant, dès que l’on améliore l’isolation et l’étanchéité à l’air d’un bâtiment, assurer un renouvellement d’air adapté devient indispensable pour préserver à la fois la qualité de l’air intérieur, le confort des occupants et le bâti.

Dans une note de recherche publiée en 2025, le sociologue Gaëtan Brisepierre analyse les raisons de ce décalage en croisant le regard des habitants et celui des artisans installateurs. Son titre résume bien le constat : «  La ventilation en rénovation : un rendez-vous manqué entre habitants et artisans  ».

Pour les habitants, la ventilation reste une « boîte noire ».

Premier constat : la ventilation est encore mal comprise.
Les habitants savent généralement qu’il faut renouveler l’air pour limiter l’humidité, mais ils connaissent beaucoup moins le fonctionnement global de leur installation : rôle des entrées d’air, circulation entre les pièces, extraction, réglages ou entretien. Certains ne savent même pas précisément quel système est installé chez eux.

Cette méconnaissance n’est pas sans conséquence. Lorsqu’une installation provoque du bruit, une sensation de froid ou une autre gêne, certains occupants bouchent les entrées d’air ou les bouches, réduisent le fonctionnement du système, voire le coupent. L’entretien est également très variable.

Et lorsqu’il faut rénover, la ventilation passe facilement après d’autres travaux jugés plus urgents ou plus visibles. L’étude cite ainsi le cas parlant d’une ventilation achetée depuis plusieurs années qui «  dort dans le grenier » en attendant d’être installée.

Pour aller plus loin : Notre vidéo sur le fonctionnement d’une VMC simple flux.

Du côté des artisans, une activité encore peu spécialisée.

La situation n’est pas beaucoup plus simple du côté des professionnels.
Les véritables spécialistes exclusivement consacrés à la ventilation restent rares. La pose est généralement assurée par des chauffagistes ou des électriciens pour lesquels elle constitue une activité complémentaire, parfois difficile à rentabiliser et exigeante sur le plan technique.
Les professionnels interrogés indiquent également avoir largement appris « sur le tas ». Les fabricants et grossistes jouent dès lors un rôle important dans leur montée en compétences et dans leurs choix techniques.

Conséquence : le choix d’un système ne résulte pas toujours d’une analyse globale du logement et des besoins de ses occupants. Le coût, la facilité de pose, les habitudes du professionnel, la marque ou encore le risque de bruit peuvent fortement orienter la solution proposée.

Installer une ventilation ne garantit pas qu’elle fonctionnera bien.

C’est sans doute l’un des enseignements les plus intéressants de cette étude : Une ventilation performante ne dépend pas uniquement de la technologie choisie.
Elle repose sur toute une chaîne : conception → coordination des corps de métier → installation → mise en service → réglage → information de l’occupant → usage → entretien.

Des défauts apparemment simples peuvent remettre en cause le fonctionnement global : absence d’entrées d’air, portes insuffisamment détalonnées, mauvais positionnement des bouches ou encore absence de mesure des débits lors de la mise en service.

Même dans les rénovations performantes, où la ventilation est davantage prise en compte, elle reste une source d’insatisfaction. Le bruit, les odeurs persistantes ou les difficultés d’entretien figurent parmi les problèmes rapportés par les occupants.

Passer de la performance théorique à la performance à l’usage.

La note invite à dépasser une approche centrée uniquement sur le choix de l’équipement.
Elle propose notamment, dans ses pistes d’actions, de mieux sensibiliser le grand public, d’outiller les artisans pour expliquer la ventilation à leurs clients, de renforcer la formation professionnelle, d’améliorer les pratiques de mise en service et de contrôle et de mieux accompagner les occupants dans l’utilisation et l’entretien de leur installation.

L’étude porte sur le contexte français et sur la maison individuelle : ses résultats ne sont donc pas directement transposables à toutes les situations belges ou françaises. Mais le constat posé dépasse largement la seule question réglementaire.

Le véritable enjeu n’est pas simplement d’installer une ventilation, mais de concevoir un système adapté au bâtiment et à ses occupants, correctement installé, compris, accepté et entretenu dans le temps.

Une réflexion particulièrement pertinente pour tous ceux qui accompagnent aujourd’hui la rénovation performante et durable.

À lire  : La ventilation en rénovation : un rendez-vous manqué entre habitants et artisans, Gaëtan Brisepierre, Notes de recherche LEROY MERLIN Source, mars 2025.